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<  Karlheinz Stockhausen
Lacerta
PostPosted: 03/03/2007 14:09:51  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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Accordeur


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"Je crois aux ondes alpha de l'homme, aux vibrations qui permettront dans quelques années de moduler une onde avec un homme pour le faire voyager en dehors de notre système solaire".


(Interview donné au journal Le Monde en 1977)

http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_AR


Karlheinz Stockhausen





Karlheinz Stockhausen est né le 22 août 1928 à Mödrath, près de Cologne. Son père, instituteur, engagé comme volontaire en 1939, est porté disparu lors de la Seconde Guerre mondiale en Hongrie. Sa mère, alors victime de dépression, fut internée et exécutée sur ordre du gouvernement nazi en 1941. Devenu orphelin, Karlheinz Stockhausen travaille dans un hôpital de guerre, puis comme ouvrier agricole dans une ferme. Il apprend le piano chez l'organiste du village, le violon et le haut-bois dans une école d'Etat, joue du jazz pour "survivre physiquement, mentalement et spirituellement" aux épreuves et aux horreurs qu'il côtoie jusqu'à l'âge de dix-huit ans.

Dès l’âge de six ans, il aborde le piano et appartient, de 1940 à 1945, à l’orchestre d’élèves de son collège. De 1946 à 1947, il suit le cours d'un Gymnasium (lycée), rentre au conservatoire de Cologne en 1947 dans la classe de piano de Hans Otto Schmidt-Neuhaus, un élève d'Eduard Erdmann. Il suit également des études de philosophie, de musicologie et de philologie à l’université de Cologne, prépare une licence d'éducation musicale (1948-1951) sous la direction de Herman Schroeder et obtient son diplôme avec félicitations. Pendant toute cette période, il travaille pour susbsiter (pianiste de jazz dans les bars de Cologne, accompagnateur de l'illusionniste Adrion, ouvrier d'usine, directeur d'une troupe d'opérette, etc.). Il prie beaucoup, étant de religion catholique.

Il commence à étudier la composition avec le compositeur suisse Frank Martin. La rencontre d'Herbert Eimert, critique musical au Kölnisches Rundschau, lui fait connaître la seconde école de Vienne (Schönberg, Berg, Webern). L'été 1951, il participe pour la première fois aux Cours de Darmstadt (où il découvre la musique de Karel Goeyvaerts, celle de Pierre Boulez, et surtout celle d'Olivier Messiaen). Il se retrouve en compagnie des jeunes pionniers de la nouvelle école et se rallie d’emblée au grand mouvement de la musique sérielle, né de l’enseignement de l’école de Vienne dont le maître privilégié est Anton Webern.

En 1952, il séjourne à Paris où il suit les cours d'Olivier Messiaen (esthétique et analyse), ayant au préalable composé ses premières oeuvres qui relèvent déjà d'un système sériel généralisé à tous les paramètres : Kreuzspiel, Formel, Spiel, les premières versions de Schlagtrio et de Punkte.

Il aborde aussi la musique concrète de la R.T.F. animé par Pierre Schaeffer.

En 1953, il compose sa première oeuvre de musique électronique : Etude I pour sons sinusoïdaux, achève Kontrapunkte et les Klavierstücke I à IV, participe à la fondation du Studio de musique électronique de Cologne, dont il deviendra le collaborateur permanent et le directeur artistique en 1963.

http://sonhors.free.fr/panorama/sonhors8.htm

De 1954 à 1956, parallèlement à ses activités de composition et de recherche, il étudie la phonétique et les nouvelles techniques de communication avec le professeur Werner Meyer-Eppler à l'université de Bonn. Il enseigne depuis 1953 aux cours d'été de Darmstadt.

Entre 1954 et 1960, il produit une série d'oeuvres décisives où il s'affirme comme l'un des deux grands chef de file de la musique contemoporaine (avec Pierre Boulez) :
les Klavierstücke V à X où le pointillisme sériel disparaît au profit de structures sérielles plus globales, Zeitmasse, pour cinq vents, oeuvre dans laquelle le compositeur résout le problème de l'indépendance des tempos d'un groupe d'exécutants vis-à-vis du chef qui les dirige, Gesang der Jünglinge, première réussite de l'association d'éléments concrets (la voix humaine) et des sons électroniques ; le Klavierstücke XI première oeuvre aléatoire avec la Troisième Sonate de Boulez, où est introduite la forme ouverte, Gruppen et Carré qui exploitent la forme de groupes, la spatialisation, et résolvent avec virtuosité les problèmes de la relation son-temps-espace, Zyklus, oeuvre à la fois ouverte et directionnelle, Kontakte, superbe synthèse entre les timbres traditionnels de la musique instrumentale et les timbres électroniques fixés sur bande magnétique.

La partition Klavierstück XI se présente comme un placard rectangulaire de 53 cm X 93 cm et comporte dix-neuf groupes de notes. " L’interprète, indique le compositeur, jette un regard sur le feuillet de papier et commence par le premier groupe qui lui tombe sous les yeux ; il a toute liberté de régler à sa guise la rapidité de son jeu (à l’exception toujours des notes imprimées en petits caractères), l’intensité de base et la forme de l’attaque. Une fois le premier groupe achevé, il lit les indications subséquentes, relatives à la rapidité, à l’intensité fondamentale et à la forme d’attaque, prend au hasard l’un quelconque des autres groupes, et se conforme en le jouant à ces trois directives. "

Dans toutes ces oeuvres, Stochkausen pose comme premier principe, "l'identification de la structure du matériau à la forme, c'est-à-dire l'unicité du matériau et de la forme".

C’est alors que Stockhausen réévalue radicalement l’apport électronique dont il avait été quelques années auparavant un des promoteurs ; il substitue à l’inertie de la bande magnétique, la transformation instantanée du son grâce au jeu de filtres, de potentiomètres, de modulateurs en anneau, et microphones, et, du même coup, devient le metteur en scène d’une œuvre qui se modifie à chaque instant au gré des interprètes. C’est Mikrophonie I et II , Mixtur pour 5 groupes d’orchestre et modulateurs, Prozession et, surtout, Hymnen (1968), pour son électroniques et concrets, construit à partir d’une quarantaine d’hymnes nationaux. L’auditeur, connaissant ces mélodies, peut être sensible au "comment" de leur transformation électronique.

Une nouvelle esthétique se dessine, une esthétique de la subjectivité, du lyrisme et de l’onirisme qui permet de mesurer le chemin parcouru depuis les épures de Zeitmasze ; esthétique jalonnée de partitions aux accents répétitifs, telles Stimmung pour six chanteurs (1968), Mantra pour deux pianos avec électronique et Trans (1971), où la musique baignée dans une lumière violette est ponctuée du bruit d’un métier à tisser, tandis que le Helikopter Quartett , créé en 1995 par le Quatuor Arditti, intègre le rythme du rotor d’un hélicoptère.

Stockhausen effectue l’un des virages les plus spectaculaires de l’histoire de la musique en proposant des partitions à l’état zéro : ainsi se présentent ces dix-sept textes de Für kommende Zeiten (1969-1970) dont, seuls, les vocables sont chargés d’inspirer les interprètes. Cette musique " intuitive " est le point extrême d’une évolution fulgurante.

Stockhausen continue à manifester son invention sur les plans les plus variés : dans Alphabet pour Liège (1972), il essaie de montrer la façon dont " les vibrations acoustiques modulent la matière ". Dans Herbstmusik (1974), les interprètes cassent des branches, clouent des planches, s’agitent dans des feuilles mortes sèches, puis humides... Il évoque ainsi la richesse des sons familiers de l’automne. Stockhausen appréhende, à sa façon, la liberté de la création et découvre aussi l’importance de la représentation visuelle.

Ses concerts, dont il surveille à travers le monde les moindres détails, vont bientôt devenir de véritables spectacles. Qu’il s’agisse du fascinant environnement de Sternklang , ou musique dans un parc (1971), du rituel de Sirius (1977) avec ses quatre solistes qui cernent le public, ou de l’irruption d’un danseur dans Inori (1978).

Stockhausen crée de troublantes fêtes mystiques et les théorise : "Sternklang , dit-il, est une musique destinée à une écoute concentrée en méditation et à l’immersion de l’individu dans le Tout cosmique. Elle doit, en outre, préparer l’arrivée d’êtres venant d’autres étoiles. " L’œuvre Sirius fait référence aux habitants de la planète du même nom, pour lesquels, note le compositeur, " la musique est la forme la plus élevée de toutes les vibrations ". La musique est cosmogonique : " Nous sommes limités, dit Stockhausen, par nos corps terrestres. Certains hommes possèdent des modes de perception irrationnels. Conscients que la vie ici-bas n’est qu’un bref intervalle, ils possèdent des antennes pour capter et traduire acoustiquement les rythmes qui relient l’homme à l’univers. Les artistes sont, de ce point de vue, des récepteurs".

Depuis 1977, Stockhausen travaille sur Licht (Lumière) : un grand opéra en sept parties correspondant aux sept jours de la semaine, et dont la durée totale sera de l’ordre de vingt-cinq heures. Toute l’œuvre est fondée sur une formule universelle à partir de laquelle un grand éventail de styles ou de " dialectes " musicaux est proposé, reflétant la conception de Stockhausen sur les musiques du monde : elles représentent toutes des dialectes dérivables à partir d’un noyau simple et universel. Les protagonistes, Michel, Lucifer et Eve personnifient respectivement " l'ange créateur de notre univers " et les forces du progrès, son antagoniste rebelle et la force du renouveau. Chaque personnage a trois formes : chanteur, instrumentiste et danseur. Les trois premiers jours, Donnerstag (Jeudi ), Samstag (Samedi ) et Montag (Lundi ) sont créés en 1981, 1984 et 1988 à la Scala de Milan, Dienstag (Mardi ) et Freitag (Vendredi ) sont créés à Leipzig en 1993 et 1996.

Chaque partie de cet immense opéra en pièces détachées court sa propre aventure et révèle, bribe par bribe, la pensée philosophique du compositeur. Il s’agit là d’un véritable parcours initiatique, symbolisé par le Voyage de Michel autour du monde , où Michel – trompettiste – n’est autre que Markus (Stockhausen), le propre fils du compositeur.

Chef de file pendant plus de vingt ans, du mouvement international avec Pierre Boulez, Stockhausen, quelle que soit son orientation présente et à venir, peut d'ores et déjà être considéré comme l'un des phénomènes artistiques les plus grands et les plus originaux de notre temps, et comme une des personnalités musicales les plus significatives du XXème siècle.

Issu du rêve romantique germanique le plus pur (celui de Schuman davantage que celui de Wagner), se remettant sans cesse en question, il accomplit une trajectoire assez vertigineuse dont les aspects idéaliste, intellectuel et même métaphysique ne doivent pas masquer la rigueur spéculative et la prodigieuse richesse technique.

Source : Dictionnaire de La Musique Larousse.

Voici une photo prise lors de son passage à l'ircam en 1985 en compagnie de son assistante, la flûtiste Kathinka Pasveer et de Suzanne Stephens.




BIOGRAPHIE DETAILLEE :

http://www.stockhausen.org/stockhausen80_eng.pdf

SON SITE :

http://www.stockhausen.org/


SES PROCHAINS CONCERTS :

http://www.stockhausen.org/concerts_2007.html


INTERVIEW :

http://www.scena.org/lsm/sm11-3/Stockhausen_fr.htm
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Lacerta
PostPosted: 03/03/2007 14:10:16  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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Accordeur


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Catalogue des oeuvres (A l'Ircam)


Musique vocale a cappella


-Choral opus 1/9, pour choeur a cappella 1950 4' Universal Edition
-Chöre für Doris opus 1/11 1950 9' Universal Edition
-Stimmung opus 24, pour six vocalistes 1968 70' Universal Edition

Musique vocale accompagnée


-Mikrophonie II opus 17, pour douze chanteurs, orgue Hammond, quatre modulateur en anneaux et bande magnétique 1965 15' Universal Edition

Musique vocale et ensemble


-Carré opus 10, pour quatre orchestres et choeurs 1959-1960 36' Universal Edition
-Drei Lieder opus 1/10, pour voix d'alto et orchestre de chambre
[Trois mélodies, voix d'alto et orchestre] 1950 19' Universal Edition
-Momente opus 13, pour soprano solo, quatre choeurs et treize instrumentistes
-Sirius, pour soprano, basse, clarinette basse, trompette et électronique (version «Automne») 1975-1977 96' Stockhausen Verlag

Musique orchestrale


-Formel opus 1/6, pour orchestre 1951 13' Universal Edition
Fresco, pour quatre groupes orchestraux 1969 300' Universal Edition
-Gruppen opus 6, pour trois orchestres 1955-1957 24' Universal Edition
-Hymnen (Dritte Region) opus 22 2/3, musique électronique avec orchestre 1969 45' Stockhausen Verlag
-Mixtur opus 16 1/2, version pour petit orchestre, quatre générateurs d'ondes et quatre modulateurs en anneaux 1964-1967 28' Universal Edition
-Mixtur opus 16, pour orchestre, quatre générateurs d'ondes et quatre modulateurs en anneaux 1964 27' Universal Edition
-Punkte opus 1/2, pour orchestre 1952/1962 27' Universal Edition
-Spiel opus 1/4, pour orchestre 1952/73 16' Universal Edition
-Stop opus 18 1/2, version Paris 1969 22' Universal Edition
Musique d'ensemble
-Aus den sieben Tagen opus 26, quinze textes composés pour musique intuitive 1968 variable Universal Edition
-Kontra-Punkte opus 1 1952-1953 14' Universal Edition
-Oberlippentanz, pour trompette piccolo, euphonium, 4 cors et 2 percussionnistes 1983 16'
-Plus-Minus opus 14, 2 x 7 pages à réaliser 1963 variable Universal Edition

Musique de chambre


-Adieu opus 21, pour quintette à vent 1966 16' Universal Edition
-Dr K-Sextett, pour flûte, violoncelle, cloches tubulaires et vibraphone, clarinette basse, alto et piano 1968 3' Universal Edition
-Hymnen opus 22 1/2, musique électronique et concrète, version avec quatre solistes 1966-1967 126' Stockhausen Verlag
-Kontakte opus 12 1/2, pour piano, percussion et bande 1960 35' Universal Edition
-Kreuzspiel opus 1/7, pour hautbois, clarinette basse, piano et 3 percussions 1951 12' Universal Edition
-Kurzwellen opus 25, pour six instrumentistes 1968 55' Universal Edition
-Prozession opus 23, pour tam-tam, alto, électronium, piano, microphone et filtre 1967 37' Universal Edition
-Refrain opus 11, pour piano, célesta et vibraphone 1959 12' Universal Edition
-Schlagtrio opus 1/3, pour piano et deux timbaliers 1952/1973 15' Universal Edition
-Sonatine opus 1/8, pour violon et piano 1951 11' Universal Edition
-Zeitmasse opus 5, pour cinq vents 1956 15' Universal Edition
Musique soliste
-Aries, pour trompette et musique électronique, cycle Sirius 1977 16' Stockhausen Verlag
-Der Kleine Arlekin, pour clarinette 1975 10' Stockhausen Verlag
-In Freundschaft 1977-1982 13' Stockhausen Verlag
-Kathinkas Gesang als Luzifers Requiem, pour flûte et bande, cycle Samstag aus Licht 1985 33' Stockhausen Verlag
-Klavierstück V opus 4/I 1954 5' Universal Edition
-Klavierstück VII opus 4/III 1955 7' Universal Edition
-Klavierstück IX opus 4/V 1961 10' Universal Edition
-Klavierstück X opus 4/VI 1961 23' Universal Edition
-Klavierstück XIV, befruchtung mit Klavierstück, cycle Montag aus Licht 1985 5' Stockhausen Verlag
-Klavierstück VI opus 4/II 1956 Stockhausen Verlag
-Klavierstück VIII opus 4/IV 1955 Universal Edition
-Klavierstück XI opus 7 1956 14' Universal Edition
-Klavierstücke I-IV opus 2 1952-1953 8' Universal Edition
-Mikrophonie I opus 15, pour tam-tam, deux micros et deux filtres à potentiomètres 1964 28' Universal Edition
-Oberlippentanz, pour trompette piccolo, cycle Samstag aus Licht 1984 13' Stockhausen Verlag
-Solo, pour un instrument mélodique avec réinjection 1965 18' Universal Edition
-Spiral, pour un instrument et ondes courtes 1968 14' Universal Edition
-Traum-Formel, pour cor de basset 1981 8' Stockhausen Verlag
-Zyklus opus 9, pour percussion 1959 13' Universal Edition

Musique pour bande seule


-Etude opus 1/5, musique concrète 1952 3' Inédit
-Gesang der Jünglinge opus 8, pour sons électroniques et concrets 1955-1956 13' Universal Edition
-Hymnen opus 22, musique électronique et concrète 1966-1967 114' Stockhausen Verlag
-Kontakte opus 12, pour sons électroniques 1958-1960 35' Inédit
-Studie I opus 3/I, pour sons électroniques 1953 10' Inédit
-Studie II opus 3/II 1954 5' Inédit
-Telemusik opus 20, musique électronique

Discographie complète :

http://www.stockhausen.org/cd_catalog.html


Discographie détaillée (en anglais) :

http://home.swipnet.se/sonoloco2/Rec/Stockhausen/stockframes.html


Vidéographie :

http://www.stockhausen.org/video_kassetten_engl.pdf


Sites intéressants :

Ircam : http://mac-texier.ircam.fr/textes/c00000096/
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Karlheinz_Stockhausen
http://www.stockhausen.org/
http://www.musicologie.org/publirem/stockhausen.html
http://www.entretemps.asso.fr/Nicolas/TextesNic/Stockh.html



"L'acte de composition, d'ordonner les sons doit intervenir dans chacune (des quatre dimensions du son) afin d'atteindre l'absence de contradiction (...), de dériver un ordre intégral d'une représentation unitaire"

Situation de l'artisanat, in Contrechamps n°9, 1988
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Kharisma
PostPosted: 05/04/2007 15:12:13  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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Accordeur


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On pourra lire une étude remarquable du musicologue Michel Rigoni : "Stockhausen, un vaisseau lancé vers le ciel", préfacé par le brillant interprète et compositeur Michaël Lévinas (fils du philosophe Emmanuel Lévinas). C'est à ce jour l'unique biographie française consacrée à Stockhausen.

Le musicologue Michel Rigoni est spécialiste de la musique du vingtième siècle et professeur de musique. Il a enseigné au Conservatoire National Supérieur de Paris et à l’IRCAM. Hormis ses ouvrages, il a publié plus d'une centaine d’articles.

Références :

Editions Millénaire III, rev., corr. et augm (1 mars 1998)
Collection : Musique de notre temps.
362 pages
ISBN : 2-911906-02-0 et aussi
ISBN 1-951906-02-0

http://millenaire.site.voila.fr/page2.html

http://www.librismusicae.com/editionsmillenaire3/index.html


Last edited by Kharisma on 11/04/2007 10:23:27; edited 1 time in total
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Kharisma
PostPosted: 06/04/2007 16:04:41  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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Accordeur


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Sans oublier, bien sûr, un livre de qualité, celui des entretiens (plus de 30 heures !) effectués par Jonathan Cott. Le livre s'intitule tout simplement : "Karleinz Stockhausen - entretiens avec Jonathan Cott". On le trouve aux éditions J.-C. Lattès (1979, 1988), traduit et présenté par Jacques Drillon.

Le titre original : "Stockhausen : Conversations with the Composer" de 1974 (édité par Jonathan Cott).

Quatrième de couverture :

Si les artistes sont bien les philosophes des temps modernes, Stockhausen est un grand philosophe. Ces entretiens sont une méditation unique. On y parle du rythme de l'univers, de mouvement de l'espace, de l'alchimie des sons, de la musique des sphères, mais aussi du naturel et de l'artificiel, ou de la culture japonaise... On y voit que la musique n'est pas seulement un art, mais aussi une image du monde et de nous-mêmes, la meilleure parce que la plus immédiate.

Grâce au talent de Jonathan Cott, l'un des plus redoutables journalistes de la "nouvelle école" américaine, Stockhausen a su montrer que la musique et son analyse étaient accessibles au plus grand nombre, puisque sa nature même en fait une partie intégrante de la vie".

Je ferai probablement des citations de cet ouvrage remarquable, prochainement... car on constate à quel point Stockhausen était un visionnaire sur bien des domaines !

La photo correspond à l'édition de 1979. Celle de 1988 est une photo du visage du compositeur en gros plan.

Il est amusant aussi de signaler que dans le livre de Alexander Lauterwasser "Images sonores d'Eau" (Editions Médicis, 2005), nous avons des figures aqua-acoustiques de ses oeuvres qu'il a intitulées "Eaux-Lumières" et "Eaux lumineuses". "Eaux-Lumières" est une rosace avec un noyau assez dense, le tout parsemé de petits filaments qui ressemblent à une écriture en bâtonnets, "Eaux lumineuses", en revanche, offre des figures plus belles encore : des rosaces dont le coeur évoque tantôt une ruche, tantôt un soleil en fusion. Ces figures sont étonnantes de symétrie, ce qui n'est pas toujours le cas avec les oeuvres musicales d'autres compositeurs. Laughing

Lien de présentation de ce livre stupéfiant et magnifique :

http://stellarsonoris.xooit.com/t46-Images-sonores-de-l-eau.htm

Stockhausen est lui-même sensible à la forme en spirale :

"Jill Purce m'a amené son livre après une exécution de "Spiral" à Londres. C'est un livre extraordinaire. On y voit la spirale présente en toute chose : en art, en musique, en littérature, en danse, en religion, en mythologie, en physique, en biologie, en botanique et bien sûr en astronomie. Tout est spirale ; elle montre que c'est un point commun au cosmos tout entier (...) Aurobindo dit que la spirale représente le principe d'augmentation statique de la conscience - involution, plus qu'évolution. La spirale va partout et nous amène partout. Le début du filament en spirale, dans une ampoule électrique, est relié à la fin, et ces deux circuits produisent de la lumière". " (p. 197)

Aurait-il deviné que sa musique pouvait produire de telles formes par les images sonores de l'eau ? Mr. Green


Last edited by Kharisma on 10/04/2007 14:36:40; edited 1 time in total
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Kharisma
PostPosted: 09/04/2007 17:18:47  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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Accordeur


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Quels sont les sujets abordés dans le livre de Jonathan Cott : Karleinz Stockhausen ?

Procédons par ordre de paragraphes :

- Hymnen (p. 23)
- "Nous sommes tous des transistors" (p. 25)
- Musique intuitive (p. 26)
- Périodicité : "la respiration de Dieu est périodique" (p. 28 )
- "Nous sommes un système électrique" (p. 29)
- Discussion avec Suzuki : le naturel et l'artificiel (p. 30)
- Le temps musical (p. 32)
- La vie intérieure d'un son (p. 33)
- La culture japonaise : imitation et transformation (p. 34)
- Une pomme sur la Lune : l'objet connu dans un monde nouveau (p. 36)
- La technique du premier et du second plan (p. 38 )
- Le timbre : "Le matériau doit faire partie de l'acte créateur" (p. 40)
- Stimmung : : mélodies, rythmes et accords des timbres (p. 41)
- Périodicité et liberté (p. 42)
- "Jouez une vibration au rythme de vos plus petites particules" (p. 44)
- Le rythme de l'univers (p. 45)
- Les couleurs de la méditation : or et violet-rouge (p. 46)
- La musique et les ondes cérébrales (p. 47)
- La musique pulvérisée (p. 48 )
- Mouvement spatial (p. 49)
- L'exposition universelle d'Osaka : la salle sphérique (p. 49)
- Changement de perspectives (p; 51)
- "Il faut commencer par faire la musique. Ensuite seulement, la musique vous change" (p. 52)
- Le sommeil et la veille (p. 55)
- Hitler, Sri Aurobindo et Gandhi (p. 56)
- "L'esprit deviendra la musique elle-même" (p. 57)
- Rêver Trans (p. 58 )
- Le mur sonore et le métier à tisser (p. 59)
- La lumière violet-rouge (p. 60)
- Trans : écouter ce qui est derrière (p. 62)
- Musique transpersonnelle (p. 68 )
- Le son transcendantal (p. 66)
- Descriptif de Trans : quatre événements (p. 68 )
- Les événements visuels et le son : Kontakte et Originale (p. 71)
- Relativité et déterminisme (p. 73)
- Cage, Pollock, Mathieu (p. 74)
- Klavierstück XI, Stimmung (p. 76)
- La texture sonore (p. 78 )
- Les caractères statistiques (p. 80)
- Un arbre de sons (p. 82)
- Unicité et multiplicité (p. 83)
- Russie et Amérique : le déterminisme contre le hasard (p. 85)
- L'essence du son (p. 85)
- La perception sujet-objet :logique non-aristotélicienne (p. 86)
- Intégrer tous les sons (p. 87)
- La musique des sphères (p. 88 )
- Le broyeur d'ordures acoustiques : l'avaleur de sons (p. 88 )
- Le pouvoir des ondes sonores (p. 90)
- Stimmung (p. 91)
- Une lettre du Japon (p. 92)
- La vie interne du son et son enveloppe (p. 95)
- "Composer un timbre revient à produire certains cycles particuliers de changements rythmiques" (p. 97)
- Les expériences en studio : extension des paramètres musicaux (p. 98 )
- Développement, au cours de l'histoire, de la mélodie, du rythme, de la dynamique, de la composition de timbres, de la musique dans l'espace (p. 100)
- Notation totale (p. 103)
- Musique chinoise (p. 105)
- Le comma pythagoricien (p. 105)
- Les micro-intervalles (p. 106)
- Transsubstantiation du rythme en hauteur et de la hauteur en rythme (p. 107)
- L'expérience de la table rotative : "vous modifiez la hauteur du son en modifiant votre position dans la pièce" (p. 110)
- Les cadences rythmiques dans la musique de Mozart (p. 112)
- Sérialisme (p. 113)
- Le Corbusier (p. 114)
- "Dans la nature, l'emploi inégal des paramètres détermine la divergence des espèces" (p. 116)
- Boulez et les spécialistes (p. 116)
- La conscience à l'ère spatiale (p. 118)
- Radical et autoritaire (p. 121)
- Des étudiants interrompent l'exécution de Stimmung à Amsterdam (p. 122)
- La musique et les "réalités sociales" (p. 124)
- La nouvelle musique de Henze (p. 126)
- La fonction et la signification de l'artiste véritable (p. 127)
- La gomme et l'allumette : les meilleurs auxilaires du compositeur (p. 128)
- La relation maître-disciple (p. 129)
- Les aigles (p. 131)
- Les sons volants d'Hymnen (p. 132)
- A nouveau l'Apocalypse (p. 133)
- L'esprit et le corps (p. 134)

Pages de journal

- Le corps de la lumière noire (p. 135)
- Le génie et la richesse (p. 136)
- L'oeuf d'or : musicothérapies pour poules (suivi d'un extrait du Secret de la fleur d'or) (p. 136)
- Craft et Stravinsky (p. 138)
- L'ingénieur Stravinsky et le compositeur de Gagaku, Wagner (p. 139)
- Le chat et le pape : histoire romaine (p. 140)
- Un conte populaire peau-rouge (p. 141)
- L'interprétation des rêves (p. 143)
- Le piano de la douleur (p. 144)
- La musique par télépathie : nervosité des éditeurs (p. 145)
- Une carte postale colérique (p. 146)
- Séminaires pour musiciens d'orchestre (p. 147)
- La perte de la sensibilité mélodique dans la musique contemporaine (p. 148)
- Feldman et Bernstein (p. 148)
- Répétitions (p. 150)
- L'estomac de Dieu (p. 151)
- Les treize larmes (p. 151)
- Ecouter dans la pénombre (p. 152)

REPRISE DES INTERVIEWS :

- La respiration du monde (p. 155)
- Hymnen : une discussion personnelle et une analyse (p. 155)
- La réinjection d'applaudissements dans Momente (p. 159)
- L'Hymne de Pluramon (p. 161)
- Cadres musicaux (p. 161)
- Décomposition (p. 164)
- La musique née du chaos (p. 166)
- Un être en devient un autre (p. 167)
- Alchimie (p. 169)
- Plus-Minus : une composition qui engendre ses propres enfants (p. 169)
- Punkte et l'antimatière (p. 171)
- L'assassinat de Plus-Minus (p. 176)
- "Revêtez L'homme Nouveau" (p. 178)
- Un poème extrait de Stimmung : Diffff-Daffff-Diffff (p. 179)
- Comment Stimmung a été composé (p. 181)
- "On ne peut pas séparer le temps de l'être" (p. 184)
- Composer des processus (p. 186)
- Structuralisme
- Langage, Babel, télépathie (p. 189)
- Le synchronisme (p. 191)
- Une mémoire sans fin : le moi, le toi, le ça (p. 192)
- Un système logique à trois termes (p. 193)
- La nouvelle famille spirituelle (p. 194)
- La spirale : "le cercle qui mène à l'extase" (p. 196)


- Ceylan : le festival religieux de Kataragama (p. 199)
- La cérémonie Omizutori du temple de Nara au Japon (p. 205)
- Les champs nouveaux de la composition (p. 209)
- Continuum macro-microscopique (p. 211)
- Coller un rythme (p. 212)
- Vingt et une octaves de temps musical (p. 214)
- Métacollage et intégration (p. 215)
- Des échelles de tempo plus étendues (p. 218)
- Feedback (p. 220)
- Intuition-Détermination (p. 224)
- Les harmoniques et le spectre (p. 226)
- La musique dans l'espace (p. 227)
- Tout peut servir de rythme (p. 228)
- Topologie de l'espace : projection et tracé d'un son dans l'espace (p. 229)
- De la musique qui marche, qui court (p. 231)
- Ensemble (p. 232)
- Musik für ein Haus (p. 233)
- Espace de Varèse (p. 236)
- Les concerts dans les grottes de Jeita au Liban (p. 237)
- Concert en plein air à Saint-Paul de Vence (p. 238)
- Sternklang au Tiergarten de Berlin (p. 240)
- La peinture et la musique : Rauschenberg et Johns (p. 242)
- La taille vue comme un paramètre musical (p. 243)
- Brueghel et Bosch (p. 244)
- " A chaque moment d'une oeuvre correspond un certain degré de perfection" (p. 245)
- Le projet d'une maison de la musique (p. 247)
- "Vous vous déplacez d'une salle à l'autre comme à l'intérieur d'une gigantesque partition" (p. 248)

- Mantra : genèse et structure (p. 251)
- Musique nouvelle - musique traditionnelle (p. 255)
- Macbeth devient Lady Macbeth, puis se change en animal ; des personnages nouveaux apparaissent, puis disparaissent ; aucun n'existe d'un bout à l'autre de la pièce. (p. 257)
- La forme miroir dans Mantra (p. 259)
- Chaque note est présentée sous une forme différente (p. 259)
- Douze augmentations mantriques (p. 261)
- Alice au pays des merveilles (p. 265)
- Schéma formel (p. 268)
- Mantra et la musique orientale (p. 268)
- Le modulateur en anneau (p. 269)
- Le rétrécissement de Mantra (p. 274)
- Le livre de Satprem sur Sri Aurobindo (p. 275)
- Mantra et la galaxie (p. 276)

Et voilà ! C'est fini. On comprendra à la lecture des titres de tous ces paragraphes, en quoi ce livre d'interviews est riche et, au sens propre, "extra-ordinaire", en ce que les thèmes abordés sortent de l'ordinaire.

Ce livre se lit et se relit avec grand plaisir comme si une quintessence nous était donnée au cours de toutes ces réflexions lors de ces trente heures de conversations. Pour ceux qui apprécient ce compositeur, la lecture n'en sera que plus passionnante ! Wink


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Kharisma
PostPosted: 09/04/2007 19:53:07  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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On peut encore voir Stockhausen en chair et en os et même écouter ses oeuvres !
Où cela ? En Italie ! A Rome le 7 mai, dans le cadre du Festival International de Musique Electronique et d'Art Numérique, à Macerata, le 9 et 10 mai 2007.

D i s s o n a n z e
F o n d a z i o n e M u s i c a p e r R o m a
con la partecipazione di
A n g e l i c a

"Je suis le seul compositeur vivant qui n'ait jamais considéré la musique électronique comme secondaire mais comme essentielle. La musique électronique est à l'origine de presque toutes les mutations qui se sont opérées dans mon langage musical - même dans mes oeuvres instrumentales ou chorales. C'est avec Studie II et Gesang der Jünglinge que j'ai commencé à travailler sur les échelles de micro-tons - plus de 30 échelles déjà ont été utilisées dans ces compositions. Aujourd'hui, j'affine sans relâche ce travail sur les micro-tons, avec toutes les conséquences qui s'ensuivent sur les changements de timbres. Tout cela a été superbement ignoré depuis trente ans par ceux qui écrivent ou parlent de musique. Cela peut s'expliquer pour une bonne part par leur incapacité à savoir écouter des oeuvres telles que Kontakte ou Gesang der Jünglinge.

(Paul Dirmeikis, Le souffle du temps, Telo Martius, 1999, p. 296, 297)

LE FESTIVAL STOCKHAUSEN A MACERATA
du 09 et 10 mai 2007


De retour de Macerata (en vert sur la carte), un village au Sud de Ancona, voici mon petit reportage.







Les photos sont aussi en lien pour les voir en grand format.



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Ici l'arrivée en gare (en passant par Civitanova en bord de mer). Un paysage digne du Vaucluse, très provençal avec ses oliviers, ses collines, ses champs à perte de vue. Des hirondelles sillonnent le ciel en tout sens tandis que les cigales se déchaînent en choeur sur les rails.

Sous un très précoce soleil d'été, ce 9 mai 2007, la gare illuminée de couleurs se situe à 10 minutes à pied du centre de la vieille ville historique où se situe le théâtre opéra Lauro ROSSI. Une porte centrale en pierre indique visiblement l'entrée avec cette sphère qui symbolise son cosmopolitisme, son ouverture au monde culturel. Sur la droite, des arènes font la fierté des villageois - lieu de nombreux concerts également.



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Du fait que ce village est haut perché et qu'en conséquence il faut monter continûment avec son sac de voyage, peut-être eut-il fallut louer une Vespa pour être plus à l'aise comme ce vieux modèle de scooter qu'on trouve principalement en Italie.



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Mais le bus pouvait tout aussi bien mener à la place de la Liberté au coeur du village.



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Il me faut donc aller sur cette place, côté opposé à la vue précédente, car c'est le lieu où se trouve ce théâtre opéra ainsi que mon rendez-vous avec mon comité d'accueil qui m'attend patiemment.



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Antonello sur la gauche n'est pas seulement mélomane, il est archéologue, spécialisé dans les diverses cultures de son pays, basé à Rome. Léopoldo sur la droite (qui ressemble un peu à Erik Satie) est compositeur, spécialisé dans l'étude des partitions et des oeuvres de Karlheinz Stockhausen. Il traduit les livrets de ses oeuvres de l'allemand en italien, et ne manque pas de suivre régulièrement les stages que le Maestro donne en Allemagne, à Kürten. Ce compositeur est originaire de la ville des luthiers des violons de Stradivarius : la belle ville de Crémone ! Une université prestigieuse de musicologie dispose même d'un catalogue des oeuvres commentées de Stockhausen en français ! Sa culture musicale et philosophique est impressionnante puisqu'il a aussi lu les philosophes français tels que Adorno, Deleuze, Foucault, et j'en passe.



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Je posterai bientôt une présentation de ce compositeur qui voue exclusivement sa vie à la musique. Adepte d'une culture universelle, pour Léopoldo la musique est comme un fil conducteur de toute l'histoire mondiale et constitue une expression intrinsèque à la vie. La musique revêt pour lui un enjeu bien supérieur à une simple passion. Il a été très intéressé par la création de ce forum et nous rendra bientôt visite... Il se débrouille assez bien en langue française, m'ayant récité au pied levé des poèmes de notre panthéon classique de littérature !



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A présent, entrons dans ce théâtre Lauro Rossi qui depuis presque 25 ans (1983) célèbre la musique contemporaine avec un prestigieux programme et de nombreux hommages (dont des oeuvres de Bartok, Ravel, Berg, Webern, Schönberg, Ligeti, Xenakis, Lachenman, Cage, Riley, Morton Feldman, Luigi Nono, Lévinas, Dusapin, Manoury, Bussotti, Scelsi...). J'ai d'ailleurs acheté le catalogue de leur rétrospective (aux éditions Quodlibet) qui comprend un CD de diverses oeuvres dont :

Tonino TESEI : Tintinnabuli
Carles SANTOS : Cartel
Terry RILEY : G-Song
Vinko GLOBOKAR / Fred FRITH / Frances-Marie UITTI : Improvvisazione
Fernando MENCHERINI : Canzone metodologica
Claudio AMBROSINI : Cappricio, detto "l'Ermafrodita"
Julio ESTRADA : Inshini'ioni

Un petit musée de musique contemporaine et électroacoustique se trouve à côté de cet opéra sur la façade de droite, avec en exposition des magnétophones à bande, des panneaux avec textes et photographies retraçant l'histoire de célèbres compositeurs et des projections de vidéos diverses dont certains concerts.

LES CONCERTS

Au programme du 9 mai 2007 :

- Mittwochs-Gruss ("Mercredi" de son cycle hebdomadaire Licht - Scène 4).
- Cosmic Pulses (de son opéra Klang - le son) - une création mondiale à Rome, Macerata, Kürten, etc.

Au programme du 10 mai :

Une rétrospective d'oeuvres importantes dans l'histoire de la musique et dans son répertoire :

- Gesang der Jünglinge (1955-1956) pour choeur d'enfants et électronique
- Telemusik (1966)
- Kontakte (1959-1960)

Comme à son habitude, Karleinz Stockhausen est apparu tout de blanc vêtu, mis à part les bretelles tantôt bleues (affiche des 25 ans de l'opéra), tantôt rouges. En l'occurence, ici, nous avons eu droit aux bretelles rouges bien que dissimulées sous sa veste.



Stockhausen s'est adressé en italien à son public d'Italie. Il maîtrise l'allemand sa langue natale, l'anglais, le français, l'italien, le hollandais et le flamand. Sa collaboratrice et fidèle interprète, la flûtiste Kathinka Passveer qui est hollandaise (à droite sur la photo), maîtrise également le français. A gauche, nous pouvons voir sa troisième épouse, l'américaine Suzanne Stephens. Les deux femmes étaient présentes à Macerata et participent également à tous ses concerts et séminaires (sa première épouse étant Doris Andrea avec laquelle il a eu quatres enfants : Suja, Christel, Markus et Majella ; sa seconde épouse étant la plasticienne Mary Bauermeister avec laquelle il a eu deux enfants : Julika et Simon).





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La photo est surexposée car le flash sur costume blanc dans l'obscurité n'est pas évident pour les appareils automatiques...

En bon professionnel méthodique, il avait prévu un après-midi d'entretiens, le mercredi 9 mai à 17 h. C'était une réunion intimiste dédiée à une présentation très générale de ses compositions, pour faire part de l'objet de ses recherches, et répondre aux diverses questions qu'on pouvait lui poser.

"La spatialisation de la musique est aussi fondamentale au moment de l'écriture que la construction générale de l'oeuvre, que l'harmonie ou que le rythme".

Il a beaucoup insisté sur la spatialité du son et l'importance du dispositif - il s'y intéressait bien avant les procédés de l'ircam par exemple - voulant transmettre à son auditoire une expérience vibrante, chaleureuse, tangible, de ses oeuvres.







Le dispositif de l'opéra Lauro Rossi consistait en une répartition de plusieurs trio de haut-parleurs en éventail disposés en arc-de-cercle perchés au troisième étage + d'autres enceintes surélevées au-dessus de la scène. Pour pouvoir profiter de cette spatialité, il était donc impératif d'être assis sur le plateau au rez-de-chaussée, ce qui a désavantagé tous ceux qui étaient assis aux balcons.

Le tarif des places étant fixé à 10 € pour tout le monde de façon très démocratique (excepté pour les étudiants avec un tarif de 3 €), il suffisait donc de réserver ou de venir de bonne heure pour bénéficier de ce dispositif acoustique.

Il a expliqué qu'on allait entendre de la musique électronique, ce qui expliquait la présence de son imposante "table de commande" (table de mixage), qui est en fait habituelle dans le genre de la musique électroacoustique.



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A ce titre, il a expliqué que les photographies (ainsi que les téléphones portables) étaient strictement interdites du fait de la déconcentration (la rupture de l'ambiance) à la fois pour lui-même et pour l'auditoire. En effet, il réinterprète ainsi en permanence les oeuvres qu'il joue (répartition des sons, leur intensité, etc.). Il ne s'agit donc pas d'une simple rediffusion sur bande. A l'entrée du théâtre, était également signalée l'interdiction formelle de l'usage des appareils photo, caméra vidéo, etc. J'ai donc attendu la fin du spectacle pour pouvoir prendre des photos.

Il a été assez concis bien que disant l'essentiel sur les oeuvres programmées. Il parlait de façon calme, posée, faisant des gestes lents des bras et affichant un sourire très convivial. On ressentait l'homme en prise à l'inspiration continuelle même dans son don d'improvisateur.

Les questions de l'auditoire étaient plus pointues, fort heureusement, notamment un auditeur qui a demandé si "Cosmic Pulses" aurait pu avoir été composé bien avant, s'il y avait une évolution qui caractérisait ses oeuvres. Il a répondu qu'il eut été impossible de concevoir cette oeuvre sans tout l'arsenal spatial et technologique actuel. Je dois avouer que j'en suis convaincu car cette journée du 9 mai était bien plus spectaculaire à entendre que sa rétrospective, preuve de son évolution en regard des possibilités nouvelles que permettent ces outils.

Un autre auditeur a demandé comment il percevait les autres approches dans le genre de la musique électronique. Il a répondu que toutes les musiques étaient nécessaires comme moyen d'expression, qu'elles faisaient toutes parties de la vie. Mais il a aussi ajouté que l'histoire de la musique contemporaine ne s'arrêtait pas avec les timbres de l'orchestre et qu'il était nécessaire aussi de traiter les sons électroniques avec le même égard que l'orchestre.

On pouvait remarquer que le public était varié bien qu'essentiellement constitué d'italiens, quelques allemands, beaucoup de jeunes entre 20/35 ans (Macerata compte plusieurs universités), plusieurs musicologues dont une grande célébrité au sein de cette corporation : Mr Mario Bortolotto. On le considère comme le plus important musicologue vivant en Italie. Agé de 80 ans (né en 1927 à Pordenone), il a tenu à féliciter Stockhausen, lui témoigner son admiration. Il a écrit de nombreux ouvrages (principalement aux éditions Adelphi) qui ont fait date en Italie sur la musique contemporaine, la musique romantique, "Wagner l'obscur", etc. (Attention à ne pas confondre avec son homonyme brésilien qui est romancier et poète). Il a également traduit en italien les écrits du philosophe Adorno.

http://www.adelphi.it/




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On trouvait également des musiciens (présents dans le catalogue de rétrospective), les disquaires du village (à qui j'ai rendu visite), des journalistes, des photographes professionnels accrédités... Et pour commencer cette série, un grand entretien publique entre Léopoldo et Karlheinz Stockhausen.



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Bref, l'opéra était complet. Il n'était donc pas facile d'obtenir des places de dernières minutes pour les retardataires (uniquement possible en comptant sur quelques rares désistements).

A l'issue du second jour du concert, Stockhausen a accepté de signer des autographes. Car il s'y était refusé jusqu'alors toujours dans le souci de concentration pendant les concerts.



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Puis arrive l'heure où il faut sortir de l'opéra. Devant l'accueil sont proposés à la vente divers livres en italien (aux éditions Quodlibet dont la Maison est domiciliée à Macerata) sur la musique contemporaine, la rétrospective du théâtre pour fêter ses 25 ans, et des essais théoriques au titre desquels on retrouve notamment Gilles Deleuze. Devant l'entrée, le public émerveillé partage son enthousiasme sur ces deux jours d'exception. En effet, le Maestro a été chaleureusement ovationné jusqu'à 4 rappels le premier soir pour sa création mondiale Cosmic Pulses avec tout le public debout.

http://www.quodlibet.it/

via Padre Matteo Ricci, 108
62100 Macerata
Tel. 0733264965 - Fax 0733267358



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Kharisma
PostPosted: 11/04/2007 12:37:27  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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LES REACTIONS DE LA PRESSE LOCALE

Le lendemain jeudi 10 mai 2007, j'ai recueilli les réactions de la presse locale de deux quotidiens :

Corriero Adriatico (Anno 147 / N° 127 / Giovedi 10 Maggio 2007)

Article italien dithyrambique rédigé par Paola Dezi (image scannée à faire basculer de 90 °) qui déclare d'emblée qu'il est le plus grand compositeur vivant, un génie !

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Il Messaggero (Date : idem)

Article italien rédigé par P. Giann.



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LES OEUVRES MUSICALES

A présent, abordons les oeuvres interprétées.

Le mercredi 9 mai, ce fut donc Mittwochs-Gruss (musique électronique et concrète) puis après l'entracte, Cosmic Pulses (musique électronique). La première date de 1998, la seconde de 2006/2007.

C'était la journée la plus spectaculaire sur le plan musical.

Le jeudi 10 mai, ce fut une rétrospective avec Gesang der Jünglinge, Telemusik, puis après l'entracte, Kontakte.

Il y a au moins 2 façons d'en parler : d'après le contenu textuel qui sous-tend l'oeuvre musicale, et d'après l'écoute pure et simple. Pour ma part, je vais commencer par l'écoute.

En l'occurence, ce fut une première écoute car je ne connaissais ni Mittwochs Gruss, ni Cosmic Pulses (qui était une première mondiale à Rome, puis Macerata).

Quelles ont été mes impressions ? Je me suis laissé emporté par des sons très étirés. On pourrait penser que la musique de Stockhausen reflète pour une grande part la production de la musique contemporaine actuelle qui "a oublié la mélodie" en cours de route. Quelques essais de musicologues constatent ce fait : la mélodie est devenue de plus en plus rare. Mais Stockhausen lui-même remarque et déplore ce fait. Si l'on se rappelle Mantra (pour deux pianos) par exemple, on constate que la mélodie est présente bien que déclinée, inversée en miroir, manipulée de multiples façons. Dans Mittwochs Gruss, la mélodie est étirée dans le temps. L'écoute, ce qui est une constante dans ce registre contemporain, requiert donc toute notre attention. Ceci dit, les mélodies sont aussi présentes par "touches", ce qui donne l'effet d'un voyage de l'esprit in terra incognita. On pourrait citer les séries de "MI" chantées, les chants des goélands, et certaines mélodies au synthétiseur.

J'ai constaté que mon attention me portait à faire basculer ma tête en arrière et que d'ailleurs certains auditeurs faisaient de même spontanément. Ce n'était pas seulement en raison du fait que les haut-parleurs étaient situés bien au-dessus de nos têtes car les effets que j'ai ressentis lors de cette oeuvre n'ont pas été identiques aux autres oeuvres entendues avec le même dispositif surélevé.

J'ai ressenti une force d'élévation très nette comme si "quelque chose se passait au-dessus". Ces sons étirés à la fois graves et aigus, tous très distincts, provoquent des états modifiés de conscience. J'en tiens pour preuve que les gens semblaient comme hypnotisés dans la salle, immobiles sur leur fauteuil... Et cela pendant une heure... qui m'a semblé prendre 10 minutes, dans le rapport subjectif au temps. D'ailleurs les harmoniques des bols chantants recréés dans leurs timbres spécifiques par Stockhausen ne m'ont pas surpris étant donné les effets ressentis.

Cette élévation s'est portée sur deux zones : le chakra coronal au sommet de la tête et le chakra de la gorge. Le fait de basculer la tête en arrière faisait comme partie du processus du dégagement de ces deux énergies simultanées. J'ai accentué ce processus naturel par des respirations lentes, profondes, concentrées, tout en laissant la musique prendre le pas afin de vivre pleinement cette expérience.

La spatialité du son était bien maîtrisée, chaque "identité sonore" (selon son timbre par exemple) pouvant avoir différentes sources d'émission.

Mais globalement ces sons produisaient une sorte d'appel à la verticalité comme si nous étions sous un dôme, une coupole, en train de contempler des fresques de Tiepolo par exemple. Cette sensation de volume spatial au-dessus de nos têtes était très réussi. Je pensais qu'il était volontairement recherché : quelle n'a pas été ma surprise d'apprendre que le dispositif de Rome était très différent puisque les enceintes étaient alors disposées au niveau des auditeurs et non pas au-dessus de leur tête. Ce phénomène était-il propre à Macerata ? Je l'ignore. Mais il n'a fait que renforcer un effet que produisent les sons en eux-mêmes.

Cette oeuvre est profondément recueillante, elle possède la puissance d'une musique sacrée en jouant pourtant sur d'autres registres : sons étirés, synthétiques, timbres très recherchés dans les très aigus et très graves.

Stockhausen insiste souvent sur le fait qu'il créé ses propres timbres dans nombre de ses oeuvres et c'est manifestement vérifié. La découverte de son monde sonore n'en est que plus fascinante. Il fabrique des "identités" étranges, cristallines, qui se répondent tels des chants d'oiseaux.

La musique électronique a rarement été employée de cette façon, mis à part sans doute par Brian Eno. Il est étonnant également de constater comment ses voix féminines s'intègrent harmonieusement à ces textures synthétiques.

L'interprétation de Stockhausen s'effectue en direct sur sa table de mixage... J'ai pu constater que lui-même lors des passages les plus "prenants", semblait en état extatique. Il confie souvent dans les ouvrages qui lui sont consacrés qu'il aimerait que sa musique permette de réécouter le monde pour en découvrir la musique sous-jacente au quotidien.

"Nous devrions tous travailler à la même tâche : rendre la vie musicale et rendre tout musical.
Tout ce que nous faisons, comme tout ce que nous pensons"

(Stockhausen, Den Haag, Koninklijk Conservatorium, 1982, p. 61 - Discours de clôture du Projet Stockhausen à La Haye)

Puisque ce sens de l'écoute peut aller jusqu'aux rotors des hélicoptères (inclus d'ailleurs dans le même opéra "Licht" de sept jours : la troisième scène de Mercredi / Mittwochs). Or, au bout d'une quinzaine de minutes, on entend comme le sifflement d'une théière et il est impossible de ne pas être attentif et même sensible à la musicalité de cette source sonore. Certaines sonorités évoquent quelque peu certaines bandes son de l'univers propre à la science-fiction filmique mais nous ne tombons jamais dans l'anecdote, bien que nous visitons des mondes...

Le cosmique est atteint. C'est le choc, en fait, de cette expérience. Il est atteint par tout un arsenal de moyens et si la sensibilité de l'auditeur est au rendez-vous, l'expérience reste unique. On constate donc une unité entre sa musique et son corpus de textes.

C'est la raison pour laquelle j'ai préféré commencer par le récit de l'écoute pure car certains musicologues rejettent la part théorique métaphysique de ses oeuvres comme si elle était un égarement idéologique plaqué sur une oeuvre musicale qui n'aurait aucun rapport avec elle. Manifestement, il y a bien une unité entre le texte et la musique, mais celle-ci dépend d'un certain "lâcher-prise" de la conscience et d'une absence de préjugés pour en rendre compte.

* * *

COSMIC PULSES

Musique électronique

Ces "pulsations cosmiques" font partie de son nouvel opéra baptisé "Le son" (Klang). Alors que "Lumière" (Licht) était partagé en 7 jours, "Le son" est divisé en 24 heures. "Cosmic pulses" correspond donc à la sixième heure de ce cycle de vingt-quatre heures. Stockhausen a repris cette unité pour la travailler selon divers paramètres : 24 boucles mélodiques, 24 rythmes, 24 registres, etc. Je ne développe pas car vous pouvez en apprendre l'essentiel sur ce lien :

http://www.stockhausen.org/cosmic_pulses_prog.pdf

* * *

Voici l'extrait d'un entretien entre Stockhausen et Cécile Gilly paru dans Résonance n° 13, de mars 1998 (ircam).

Extrait qui explique le choix de "Cosmic Pulses" basé sur le nombre 24 :

Dans ce processus très complexe concernant la spatialisation, peut-on percevoir distinctement toutes ces couches ?

J’ai toujours travaillé ainsi. Avec Kontakte, j’ai réalisé des mouvements sonores horizontaux, circulaires, des rotations de toutes sortes, des triangles, des carrés, etc. Mais dans Hymnen, c’était déjà plus vivant parce que j’ai trouvé des mouvements plus rapides. Lorsqu’on fait bouger un son en rotation plus que six fois par seconde, on ne peux plus deviner exactement d’où provient la source. Les haut-parleurs n’existent plus, on sent une vibration sonore à l’intérieur du corps. Dans Sirius, je suis arrivé à l’extrême de ce que l’on peut faire avec huit haut-parleurs. J’ai fait construire une table spéciale avec un haut-parleur au centre et huit microphones autour. J’ai diffusé un son sur le haut-parleur du centre et j’ai pu télécommander le mouvement de cette table jusqu’à vingt-quatre rotations par secondes. C’est une force centrifuge qui est énorme. Avec cette vitesse, on arrive à des effets sonores inouïs. Les sons sont comme des objets volants, ce sont des objets invisibles ; le son, pour moi, c’est comme un oiseau transparent. Depuis le début de mon travail, j’écoute le mouvement des sons dans un espace intérieur que j’essaie de réaliser ensuite pour un auditorium. À Osaka, lors de l’Exposition Universelle de 1970, j’ai fait cela pendant six mois, tous les jours, six heures par jour, dans une sphère d’un diamètre d’environ vingt-huit mètres qui a été spécialement construite pour ma musique. Ensuite, on a détruit cet espace qui a coûté une fortune à l’époque. Je n’ai jamais pu retrouver un tel espace, pourtant je cherche toujours... Dès mes premières oeuvres, je me suis interessé à la position des musiciens, j’ai fait des dessins très précis pour avoir une projection sonore qui corresponde directement à la structure de l’oeuvre. L’espace, pour moi, c’est le paramètre primordial : espace et dynamiques sont les paramètres les plus importants, parce que la direction du son et sa vitesse sont aussi importantes que les hauteurs.

Source et suite :

http://mediatheque.ircam.fr/articles/textes/Gilly98a/

* * *

Concernant "Cosmic Pulses", cette oeuvre, d'emblée, m'est apparue très visuelle, une véritable expérience de synesthésie. Des sons très ronds, fluides, colorés et des nappes extraordinairement fortes d'emblée.

J'ai été stupéfait de la maîtrise de cette oeuvre, on ressent une grande évolution de la part de Stockhausen par rapport aux pièces entendues, par exemple, le lendemain, qui remontent aux années soixante. Schématiquement, j'ai distingué 3 grands moments :

1. Un affrontement très net entre deux masses sonores, cosmiques, comme une gigantesque bataille entre une structure lourde, monstrueuse, spiralée, sombre, et des sons très éthérés, contrastés, lumineux, plus isolés. Cette masse imposante, écrasante même, semblait envahissante tel un trou noir voulant tout dévorer sur son passage. Je sentais très bien ces rotations renforcées par la spatialité du dispositif acoustique.

2. Le second moment est une transition parfaitement effectuée en une fusion des deux masses. Elles ne s'opposent plus, elles se mêlent inextricablement. Le tout dans un dynamisme éblouissant.

3. Le troisième moment est celui du dépouillement progressif, "d'un lever de rideau" sur la mélodie cachée à l'origine de tout ce maelström. L'oeuvre s'achève sur la mélodie qui était masquée par différentes couches sonores. Ce serait un peu comme si un magicien nous dévoilait son truc à la fin de son tour.

Pour une première écoute, il est difficile de repérer immédiatement ce qui est en jeu. Mais l'état de réceptivité dans lequel j'étais m'a beaucoup aidé. Je suppose que pour Stockhausen et ses techniciens, l'effet doit être décuplé, l'oreille pouvant accéder à des niveaux sonores probablement inaccessibles lors de la première écoute. Malgré cette perte d'écoute très probable, je dois avouer que j'ai été abasourdi par deux oeuvres aussi différentes qui portaient en elles, le même caractère grandiose du sens cosmique.

Ceci est causé par le dispositif de spatialisation mais aussi la composition musicale et la nature des sons produits, étirés, etc.

Je dirai que j'ai assisté à un sortilège d'une musique qui prend ses racines dans son efficacité antique grecque. Cette dernière était médicale, mantique, hygiénique, euphorique : elle n'était jamais "gratuite". Mais Stockhausen, en pythagoricien inspiré, lui ajoute la dimension des grands espaces, dans tous les sens du terme : lors de l'écoute et lors de sa diffusion spatiale. Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'initialement pour illustrer "Klang" auprès du Directeur Artistique Don Luigi Garbini, Stockhausen ait spontanément choisi un musicien grec ailé, joueur de harpe (en référence à la seconde heure : Joy), comme l'on peut le voir sur ce programme bilingue (allemand/anglais) :

http://www.stockhausen.org/Programmtext_FREUDE.pdf

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En revanche, les oeuvres du lendemain ne m'ont pas du tout donné cet effet. J'ai regretté que la bande de Gesang der Jünglinge n'ait pas été réenregistrée. Cette oeuvre mériterait d'être "dépoussiérée" comme on restaure les vieux films cinématographiques. Au niveau des harmoniques, c'est une catastrophe, la bande a vieilli et elle déconcentre l'attention comme si nous assistions à un reliquat des années soixante. En ce qui concerne la composition, c'est très intéressant et extraordinairement novateur, cette façon de mêler les chants à de la musique concrète relève d'une grande maîtrise. C'est justement pourquoi cette oeuvre mériterait de retrouver son âme avec les techniques d'enregistrement actuelles. Mais probablement que Stockhausen a d'autres priorités, notamment avec son nouvel opus "Klang" qui est fascinant.

Concernant Telemusik et Kontakte, je les connaissais déjà car ce sont des oeuvres devenues "classiques" dans son répertoire. J'ai pu constater que le dispositif acoustique surélevé ne prédestinait pas aux sensations vécues la veille. Le travail de spatialisation était parfaitement cohérent avec la composition, elle-même remarquable dans ces deux oeuvres.

Mais j'ai trouvé que ces deux journées étaient très différentes, l'une étant éblouissante, en rapport avec ses travaux actuels, l'autre étant plus "historique" par cette commémoration. Les ovations ont d'ailleurs été bien plus répétées et vives le mercredi 9 mai, que le lendemain malgré l'enthousiasme patent de l'auditoire. Certains musicologues (comme Mario Bortolotto) ne se sont déplacés que le jeudi 10 mai, probablement en raison des souvenirs que ces pièces musicales leur évoquaient, chargées d'histoire.

A l'issue de ces concerts, on pourra remarquer que Stockhausen est un grand professionnel, il ne laisse rien au hasard. Il arrive une heure avant tout le monde pour se préparer mentalement. Au préalable, il fixe un rendez-vous pour présenter ses oeuvres, répondre aux questions. Lors de ses concerts, une place totale est laissée à sa musique en étant très bref sur scène. Et à l'issue seulement de ses concerts, il accepte d'être photographié et de signer des autographes. Ce qui est le pendant de son univers musical où l'on peut écouter, ressentir, cette "architectonique du son".

Je remarque aussi que sa musique ne s'adresse pas seulement à l'intellect par "ses grandes architectures compositionnelles" mais qu'elle s'adresse aussi à des états modifiés de conscience, surtout dans ces dernières productions. A condition bien sûr, d'une réceptivité de la part de l'auditeur.

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Concernant Mittwochs Gruss, voici ce que Stockhausen en dit :

MITTWOCHS-GRUSS originates from the Electronic Music of MICHAELION, Scene 4 of WEDNESDAY from LIGHT.

Fantasy. During the realisation of the three sound layers for MICHAELION, I was aware that they could be played back o­nly softly when projected with the choir and instruments. But in anticipation of their use as MITTWOCHS-GRUSS I naturally also listened to them at high volume, although initially over three separate loudspeakers and without movements. During this work, a completely independent sound fantasy developed which has an alien, mysterious, cosmic atmosphere.

Since it is impossible to listen to the music in a concentrated way when it is played preceding a staged performance of WEDNESDAY from LIGHT (due to the public, the subdued playback level, and the scenery in the foyer), a 4-track tape performance in a dark auditorium (with a small projected full moon) and undisturbed listening in the dark with eyes closed is prerequisite for profoundly experiencing the music, which is very seldom reminiscent of this world and which awakens the universe of the fantasy.


En effet, un projecteur diffusait "une lune" (un cercle de lumière au diamètre équivoque) au sommet de la scène et nous étions plongés dans l'obscurité pendant l'interprétation de ses oeuvres. Encore un petit détail du savoir-faire du Maestro.

From 1977 to 2004 I composed LICHT (LIGHT) The Seven Days of the Week which comprises about 29 hours of music (circa 4 hours per "Day"). Scores of all the scenes have been published and the music has been released o­n compact discs. The Teatro La Scala in Milan enabled the first three of the seven operas to be world premièred. In these 27 years, the music of LICHT, with all its texts and scenes, has shed light o­n an indescribable number of new relevancies, increasing their relations and beauty.
At the o­nset of the work o­n LICHT, I already announced my dream of composing the 24 hours of the day after I had finished composing of the seven days of the week. In 2004 I began this project, entitled KLANG (SOUND). The concert series PAUSE of the Milan Cathedral, directed by Don Luigi Garbini, commissioned the First Hour (ORA PRIMA), entitled HIMMEL FAHRT (ASCENSION) for organ, soprano and tenor. It was world premièred o­n Ascension Day, May 5th 2005 at the Milan Cathedral. This was followed by a commission for the Second Hour (ORA SECONDA), entitled FREUDE (JOY) for 2 harps (qui paraît-il, selon Léopoldo, est très beau).

Mercredi, Stockhausen le réfère à Mercure (l'origine du mot), plus précisément à "la lumière de Mercure", à la Paix, à l'amabilité, à l'harmonie, à l'art, à l'air et à la couleur jaune.

LIEN (en français) : http://www.olats.org/pionniers/pp/stockhausen/lichtStockhausen.php

Citation :

"Avec Licht, je me suis concentré durant 17 ans sur la signification de la lumière dans la musique, à partir des sept jours de la semaine (qui ont chacun leur propre couleur), des sept planètes de l'Antiquité, des constellations, et des différentes apparences du divin. Finalement, je me suis demandé pourquoi, en tant que musicien, je m'intéressais tant à la signification de la lumière, alors que je devrais plutôt m'intéresser au son ! C'est donc ce que je fais maintenant, mais à partir des 24 heures de la journée".


Last edited by Kharisma on 09/12/2007 10:54:45; edited 3 times in total
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kfigaro
PostPosted: 17/04/2007 18:40:01  Karlheinz Stockhausen --> Reply with quote

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Fifty Fifty


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Un fou génial assez peu connu en France finalement, j'aime beaucoup son oeuvre chorale "Stimmung" : c'est une pièce qui convient à merveille pour le forum Stellarsonoris je trouve : c'est éthéré et magique.

J'adore aussi énormement ses mélodies sur les signes du zodiaque, c'est très accessible et presque tonal comme langage.
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Kharisma
PostPosted: 17/04/2007 19:24:30  Karlheinz Stockhausen