Post subject: L'improvisation corps et âme
Posted: 26/03/2008 11:07:27L'improvisation corps et âme
Par Michael Felberbaum, guitariste.
L'improvisation requiert un état d'intuition, au-delà de la pensée verbalisable, qui est proche de la méditation ou de la prière
Arrivant des Etats-Unis, l'une des choses qui m'ont frappé, c'est la défiance avec laquelle les Françcais regardent les choses de la religion, de la foi ou tout simplement de la spiritualité. Non que j'aie moi-même une vision très précises de la notion de spiritualité. Parlons plutôt de désir de spiritualité, l'intime nécessité d'appéhender ce soupçon que des forces invisibles influencent et dirigent nos vies et que notre existence ne résulte pas d'un seul enchaînement de cause à effet mécanique et absurde. La quête de spirituel qui est aussi aspiration à améliorer jour après jour notre niveau de conscience est un tel moteur (nottament pour la création mucicale elle-même facteur de developpement spirituel) que cette absence de désir dans le milieu du jazz français m'a étonné. J'ai alors réalisé cette distinction fondamentale entre l'Amérique et l'Europe : aux Etats-Unis la liberté du culte est une valeur fondatrice de la nation, alors que l'une des pierres d'angle de l'Europe moderne, et de la France en particulier, est la liberté de ne pas croire. Lorsque je vivais au Etats-Unis, il n'était pas rare qu'un musicien m'invite à prendre à part à des pratiques ou à des rassemblement spirituels de toutes sortes. De manière générale, mes collègue étaient très ouverts et concernés par ce sujet. C'était quelque chose qui était dans l'air. Alors qu'en France, les personnes religieuses sont considées comme communauteristes, fauteurs de sicorde (particulièrement s'ils ne sont pas chrétiens), voire simples d'esprit. L'opposition judéo-chrétienne entre le physique et le spirituel entre l'âme et le corps, a trouvé son aboutissement en Europe dans l'intellectualisme athée. Dans d'autre cultures, le corps est un médium vers les 'autres mondes' et c'est certainement le cas des esclaves africains qui furent envoyés en Amérique et convertis au christianisme. La musique d'église s'est imprégnée de leur conception très physique du culte et, pour beaucoup de musiciens de jazz américains, le jazz qui prend en partie ses racines dans le gospel en tire sa dimension spirituelle. La musique religieuse en Europe est éthérée. Elle s'adresse à l'esprit et à la sensibilité, mais le corps reste immobile, aussi la mentalité européenne ne peut-elle associer swing danse et growl à la spiritualité Le jazz est consitéré par les classes moyennes et supérieures éduquées (qui constituent la majeur partie de la scène et du public jazz) comme une expression hautement individuelle, essentiellement esthétique et intellectuelle. La religion européenne est dès lors vue par le jazzman comme un entrave à la libre-pensée et une limitation de l'expression indivduelle.
Pourtant, lors de l'acte musical, particulièrement dans le cadre de l'improvisation, il n'y a guère de place pour la pensée philosophique, le cours de la pensée conceptuelle est momentanément suspendu, que l'on soit athée ou croyant. L'improvisation - ou composition instantannée - requiert un état d'intuition, au-delà de la pensée verbalisable, qui est proche de la méditation ou de la prière, et il n'y a pas de différence fondamentale entre la façon dont l'improvisateur s'enflamme avec son auditoire et celle dont le prêcheur entre en communion avec son assemblée.
L'acte d'improviser en groupe ou d'écouter en public est à la fois très individualiste et très communautaire. Le musicien (tout comme l'auditeur) est simultanément concentré sur les impulsion qui surgissent de son être intime et les vibrations de son entourage. Il évolue constamment sur la corde raide entre les deux. Si l'équilibre est maintenu, la frontière entre extérieur et intérieur s'estompe momentanément et la 'communion' peut advenir. Dès lors, le fait de savoir si la musique doit être ou non spirituelle est largement une question sémantique, parce que, lorsque nous entrons dans l'acte musical lui-même, les motes nous sont de peu de secours.
Extrait du magazine "JAZZ magazine", numéro 589, février 2008
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